La formation ouverte à distance (hybride ou 100% à distance)

La collaboration des apprenants dans un dispositif de FOAD via Jacques Rodet

Comment le numérique peut permettre de faciliter la production de l’attestation d’assiduité en fin de parcours foad ?

Le nouveau cadre réglementaire de la formation professionnelle encourage l’innovation pédagogique (1). Il s’agit de passer d’une logique d’offre de formation basée sur des catalogue de stages unimodaux vers de nouveaux écosystèmes d’apprentissage dans lesquels les apprenants pourraient «choisir» des actions de formation, dite multimodale.

Dans cette transition, les équipes pédagogiques vont concevoir et animer des parcours de type FOAD associant plusieurs modalités, dont d’abord «Présence-distance», mais aussi «Synchrone-asynchrone», «Formation-Autoformation accompagnée», «Formation en Centre-Formation en Situation de Travail», et autres… Le législateur a prévu de ne plus se focaliser sur le concept de «Présence» pour établir la réalité de l’avancement du parcours de formation de chaque apprenant. En effet, l’apprenant ne sera plus systématiquement ni dans le même lieu, ni dans le même temps que les formateurs-trices. Les récents décrets (2) sur la FOAD mettent en avant le concept inédit d’«Assiduité . Si la présence s’intéresse aux relevés des temps (feuille d’émargement), l’assiduité (3) prend en compte le relevé des activités de l’apprenant (tableau des preuves). Pour cela, trois types d’activités prévues sont : productions (travaux), évaluations et interactions. Légalement, en fin de parcours, chaque apprenant se verra remettre une attestation d’assiduité totale ou partielle et une copie sera adressée au financeur, comme preuve de la réalité, partielle ou totale, du parcours de chaque apprenant !

Pour la mise en oeuvre d’un parcours FOAD, la mobilisation et l’intégration des outils et des ressources numériques constituent un passage obligé, même si les usages du digital peuvent varier significativement comme le souligne la typologie «Compétice» (4) entre «Présentiel enrichi» et «Présentiel inexistant». Le numérique permet de renforcer le sens des différentes activités multimodales, en donnant, d’une part un degré progressif de liberté, de créativité, de diversité et de responsabilité aux apprenants (approches formative, collaborative et autoformative) et, d’autre part, en assurant une dimension sociale affirmée indépendamment et complémentairement aux lieux et aux temps d’apprentissage, entre l’apprenant et l’équipe pédagogique, mais aussi, entre apprenants.

L’attestation d’assiduité repose sur l’exploitation à deux niveaux (5) d’un cumul ajusté et maitrisé de preuves des activités des apprenants. En plus des usages pédagogiques, le numérique nous permet d’intégrer stratégiquement dans nos ingénieries quelques situations propices à l’enregistrement et à la valorisation des traces des activités. D’abord sont concernées les productions des apprenants (posts, notes, nuages de mots, comptes-rendus, photos, vidéos, cartes heuristiques, infographies, diaporamas, wiki, mémoires, blogs, sites, tutos, etc… ), collaboratives ou non ; puis les interactions, qu’elles soient textuelles (messageries, chats, forums, communautés, réseaux sociaux numériques et autres) ou orales (audiophonies, visiophonies, classes virtuelles, web-conférences, visioconférences, etc..) des apprenants, et enfin, des évaluations formatives, participatives ou sommatives (quizz, questionnaires en ligne, évaluations collectives, etc..). Certaines LMS commencent à proposer ce type d’enregistrement, en partie automatique, non plus des temps et durée de connexions, mais des activités. Grâce à la fonction WIKI (Framapad, Google Drive et autres), cette collecte de la réalité multiple des activités peut se faire avec chaque apprenant dans une dynamique collaborative, avec en plus, une meilleure implication, dans sa capacité accompagnée à autoréguler et à développer ses apprentissages.

Pour faciliter la mise en œuvre de ce cadre réglementaire innovant (de la feuille d’émargement au tableau des preuves), le FFFOD va publier un document de référence sur l’assiduité en formation d’adultes (6). Par ailleurs, avec ma collègue Anne Duiker, nous proposons sur Youtube une série de «Causeries» (7) pour partager nos réflexions, nos interrogations et nos propositions sur la mise en œuvre de l’assiduité, via une traçabilité partagée des activités d’apprentissage.

(1)Blog EPALE «L’innovation pédagogique sera libérée» : https://ec.europa.eu/epale/fr/blog/linnovation-pedagogique-sera-liberee-et-encouragee
(2)https://frama.link/c1DuN5fE – Informations relatives à la mise en oeuvre de la «réforme continue» de la formation professionnelle, initiée en 2014
(3)Présence régulière à un poste ; application, sérieux. Action de persévérer ; qualité de celui qui persévère. http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr
(4)Voir tuto 3’ 15 de Anna Vetter «5 types de dispositifs en FOAD» – https://youtu.be/7KBazCdBzMI – 2014
(5)Un premier niveau déclaratif avec un simple tableau synthétique et, à titre exceptionnel en cas de contrôle, un second niveau avec un extrait des preuves elles-mêmes, conservées sur plusieurs années.
(6)http://www.fffod.org/nos-activites/groupes-de-travail/article/justificatifs-d-assiduite-d-une-formation-a-distance/
(7)2018 / 10 – https://youtu.be/Yoadaxm2x7s Causerie entre A Duiker & J VDS – LS/FFFOD – Acte 1 : Assiduité – Scène 1 : les fondamentaux –

Jean Vanderspelden – Consultant «Apprenance & FOAD» – www.iapprendre.fr 
Membre du FFFOD, de Learning Sphère, du Cercle APE, de Communotic & de MIP+ – @jeanvds

Concevoir une séance de formation à distance : OUI ! Mais concrètement… comment ?

Dans cet article je vous propose de lister quelques points clé qui peuvent aider les formateurs à la conception d’une séance de formation à distance.

Dans les dispositifs de formation qui mixent présentiel et distanciel, quelle est la nouveauté dans les pratiques pédagogiques du formateur – accompagnateur ? Comment s’adapte-t-il à l’évolution du métier qui exige aujourd’hui qu’il devienne également un concepteur-médiateur de ressources pédagogiques numériques ? En présentiel, le formateur peut apporter des compléments d’informations pour faciliter la compréhension, peut réorienter l’attention qui s’envole, peut expliquer mieux une consigne… Tout cela n’est plus possible à distance. L’accueil dans l’espace de formation, l’explication des démarches à suivre, les consignes et l’enchaînement des activités doivent être suffisamment clairs pour permettre l’avancement dans le parcours et l’acquisition de connaissances et compétences. Au risque de perdre l’apprenant sur le chemin. Une question se pose : comment donner envie à l’apprenant d’aller jusqu’au bout d’une séance de cours prévue à distance ? Listons des pistes qui sécurisent et séduisent l’apprenant lors d’une séance à distance.

  1. Des compétences clairement identifiées : « à la fin de ce cours, vous serez capables de… » (l’apprenant sait pourquoi il apprend)
  2. Des contenus cohérents, intéressants, qui vont à l’essentiel (pas beaucoup de discours, langage simple, définition des termes employés)
  3. Un parcours où l’apprenant mesure son état d’avancement, il sait ce qu’il a fait et ce qu’il lui reste à faire
  4. Moins de longues lectures, plus d’images, d’images interactives, plus de vidéo
  5. Des challenges : recherches d’informations, quiz, jeux, exercices d’application

Comment traduire ces indices de bonnes pratiques de travail face à un écran (côté apprenant) dans une scénarisation-médiatisation pédagogique efficace et plaisante pour l’apprenant ?

Pour commencer, une bonne nouvelle : les points 1), 2) et 3) sont communs au  présentiel et au distanciel. Identifier en début de cours avec les apprenants les compétences à atteindre, proposer des contenus et des activités pédagogiques cohérentes et intéressantes, montrer à l’apprenant où il se situe dans son parcours et ce qu’il lui reste à acquérir, sont des pratiques quotidiennes pour les professionnels du métier, bien rodées avant le tsunami numérique. Cela ne change pas.

Ce qui change dans l’activité du formateur concerne surtout les points 4) et 5) : l’utilisation des médias – images et vidéos – est fortement conseillée, ainsi que la diversification des activités d’apprentissage : toutes les 15 minutes, l’apprenant devrait pouvoir passer à une autre activité. A partir de ces constats, voici quelques repères pour les séances à distance à venir :

  • Proposer aux apprenants, en activité introductive, de s’exprimer, via une question/des questions sur le sujet à traiter. Une activité de ce type peut se réaliser à l’aide des outils très simples d’écriture collaborative, comme padlet. framapad (https://fr.padlet.com/, https://framapad.org/fr/ )
    Par exemple, les apprenants peuvent être invités à illustrer avec une image et quelques phrases leur vision sur une/des notions du cours, avant la découverte des éléments théoriques. Ils peuvent aussi répondre à un questionnaire très simple, de type google forms, pour faire le point sur ce qu’ils savent déjà sur la/les notion(s) à découvrir. C’est un moyen efficace de valoriser ce que les apprenants connaissent déjà sur le sujet traité, par leur expérience scolaire ou extrascolaire.
  • Le savoir est à la portée de chacun aujourd’hui via internet : plutôt que de proposer la lecture/visionnage d’un document, il est bien plus intéressant de demander une recherche d’information dirigée (indication de / des sites respectifs) : cela peut donner la satisfaction d’avoir retrouvé par soi-même ce qu’il faut apprendre. Poser des questions sur l’information demandée, l’illustrer avec des images au choix, rechercher des indices, etc. Des activités simples, mais qui mettent en action l’apprenant et le sortent du cas classique de « réception » d’un cours et de l’appropriation descendante des ressources mises à disposition.
  • Varier les supports en utilisant des vidéos et des capsules animées où la voix, les images et le texte se mêlent pour la transmission du savoir, ce qui favorise  la mémorisation des informations. Les apprenants ont plus de facilité à regarder des vidéos, c’est un support auquel ils sont habitués de par leurs pratiques quotidiennes, ils le perçoivent comme plus attrayant et plus ludique. D’excellentes ressources vidéo existent aujourd’hui sur internet, il faut avoir le réflexe d’en rechercher avant de se lancer dans la propre production, une activité de conception bien chronophage. Un point de vigilance tout de même concernant les droits d’auteur.
  • Donner du sens aux activités proposées. Les activités centrées sur le savoir (texte à lire, vidéo à regarder, schéma,) ne doivent pas rester « suspendues », non exploitées, en dehors d’un parcours d’apprentissage cohérent. Des quiz, des exercices variés – reformulation, bref résumé, texte à trous, question-réponse, tableau à compléter – doivent permettre à l’apprenant de valoriser ce qu’il a découvert en parcourant les ressources documentaires à sa disposition et au formateur de  vérifier l’acquisition des savoirs et la validation des objectifs pédagogiques.

En guise de conclusion
Pour le formateur concepteur d’un cours à distance la difficulté est de trouver le juste milieu entre le cours descendant, réceptionné via un LMS et agrémenté d’un quiz, et la variation des activités interactives, régies par un scénario pédagogique réfléchi, intéressant pour l’apprenant et efficace pour l’atteinte des objectifs pédagogiques. L’utilisation des outils numériques ne garantit pas l’efficacité de l’apprentissage.

Cristina Nicolaé – Formatrice à l’IFA Marcel Sauvage

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