Lectures

Apprendre au XXIè siècle

François Taddei, “Apprendre au 21ème siècle”.


    Travaillant dans le monde de la formation depuis une dizaine d’années, et m’étant spécialisé dans la formation à distance et les usages pédagogiques du numérique, ce livre me paraissait particulièrement bienvenu dans ce contexte de profondes transformations de la société liée au numérique. Partant du constat que les ⅔ des écoliers de maternelle exerceront des métiers qui n'existent pas aujourd'hui, les compétences que les citoyens doivent acquérir sont au coeur des débats.


Comment apprendre ces nouvelles compétences du XXIè siècle, que l’on appelle, les soft skills ?


    Le livre de François Taddei brosse un tableau des expériences qu’il a menées dans son métier de chercheur universitaire en voulant décloisonner les disciplines universitaires notamment par la création du CRI (Centre de recherches interdisciplinaires). Il s’est battu et se bat encore contre le système universitaire organisé en silos. L'interdisciplinarité s’avère essentiel pour l’auteur afin de comprendre les différentes dimensions d'un problème et appréhender des solutions dans une logique globale. Il y décrit de nombreuses expériences pédagogiques innovantes et propose des pistes pour développer une société apprenante.


     François Taddei explique dans un premier temps que le questionnement en pédagogie est central. En effet, la curiosité est un muscle qui doit s’entraîner comme tout muscle. Le pic de questionnement intervient à l’âge de 4 ans car « nous naissons tous chercheurs », nous dit-il Vous me direz, ce n’est pas nouveau, la maïeutique était déjà prônée par Socrate. Cependant, François Taddei invite les enseignants à la réinterroger. Il cite Alison Gopnik “L'enfance est le département de recherche et développement de l'espèce, l'âge adulte s'occupe de la production et du marketing”.
     Selon lui, avant d'apprendre, il faut commencer par désapprendre Les apprenants sont conditionnés par le groupe, “Je pense comme les autres donc je suis”. L’erreur n’est pas suffisamment mise en avant dans notre système éducatif. Or, l’apprentissage par essai/erreur est primordial et surtout intrinsèque à l’espèce humaine. Mais, les biais cognitifs sont puissants et empêchent les apprenants de changer de posture. Sortir de sa propre idéologie et ne plus se référer à ce qui a été fait auparavant est difficile pour l’apprenant, il doit être accompagner par des enseignants formés aux pratiques d’apprentissage collaboratives.
     Le système éducatif dans son ensemble n’est pas préparé au changement en cours La connaissance des solutions d'hier est l’intelligence que promeut le système éducatif actuel. Les enseignants du secondaire sont formés dans cette organisation en silos, contrairement aux enseignants du primaire. Le rôle des professeurs doit glisser vers un rôle de tuteur accompagnateur. Les enseignants doivent être accompagnés dans ce changement de posture aussi bien dans la formation initiale que dans la formation continue. Mais le système de l’Education Nationale dans sa globalité, et pas seulement les enseignants, doit se transformer en profondeur pour passer d'une structure de management hiérarchique verticale à une structure horizontale pour faire face aux changements rapides.
    François Taddei pense que développer la RD en éducation est un enjeu important pour renouveler les méthodes d’apprentissage. Il faut développer la formation des enseignants, les confronter aux dernières recherches scientifiques (cf méthode de Singapour). Nombreux sont les exemples dans le monde d'expériences de création d'écoles, dans lesquelles les enseignants donnent envie aux élèves de faire, tout en améliorant le monde autour de soi. François Taddei évoque l’exemple d'écoles en Inde, créées par Kiran bir sethi. Dans ces écoles, la méthodologie du design thinking (ou processus de co-créativité) est utilisée.
    L’auteur évoque également les pédagogies dites nouvelles comme Montessori ou Freynet, remises au goût du jour avec le numérique. Les patrons de Google et d'Amazon se disent fortement influencés par Montessori dans le développement de compétences de coopération et de mise en commun des informations. Ces pédagogies développent des compétences telles que l’observation, l’expérimentation, l’apprentissage par essai/erreur, la coopération ou encore l’empathie.
     Dans la dernière partie, l’auteur évoque des pistes pour apprendre au XXIè siècle. Pour Taddei, la question primordiale que l’on doit se poser est la suivante :


Comment faire en sorte que chacun soit capable de se rendre compte qu'il n'y a pas forcément de réponses définitives à de bonnes questions ?


     Le passage à une société apprenante nécessite que le citoyen soit producteur de contenu sur des sujets que les autres pourront utiliser ensuite. Les apprenants doivent être mis dans une démarche de gestion de projet. Mémoriser et calculer sont des capacités que les machines font mieux que nous, alors que formuler des questions et inventer de nouvelles approches sont des capacités d'avenir. Par exemple, F. Taddei suggère la création d’antimanuels scolaires basés sur le questionnement et non sur des morceaux de vérité comme les manuels actuels. Il suggère également la généralisation des portfolios, permettant de valoriser les compétences acquises.
     Le développement de tiers lieu dédiés à l'apprenance fait partie des pistes mentionnées. Le tiers lieu le plus emblématique est actuellement le Fab Lab, issu des principes du “Learning by doing” de John Dewey du début 20ème siècle.
    Entres autres solutions, il propose un grand service public de l'apprendre qui pourrait :

  • - Garantir l'accès à nos données personnelles face aux GAFAM 
  • - Développer des outils d'analyse d'intérêt public
  • - Proposer un navigateur augmenté qui validerait les informations et ainsi combattre les fakes news

    En avril 2018, François Taddei livre un rapport au gouvernement dans lequel il propose 10 idées pour co-construire une société apprenante :
1. Former les décrocheurs personnalisation des parcours
2. Organiser une fête de l'apprendre
3. Développer l'intelligence collective par le biais des recherches participatives comme la création d'un immense campus numérique international
4. Déployer un système d'open badge, en réinventant la VAE (cf Région Normandie) ou en développant un carnet de l'apprenant tout au long de la vie avec l’acquisition de certificats
5. Accompagner les expériences de démarche apprenante formation des enseignants
6. Développer le système de mentorat bienveillant
7. Stimuler la recherche et le développement de l'apprentissage tout au long de la vie
8. Création des labs de métiers de demain
9. Mise en place d’un comité d'éthique
10. Associer les entrepreneurs


Apprendre à apprendre l'une des compétences les plus importantes du 21ème siècle, tout comme la capacité à s'adapter au changement. L’empathie, la collaboration et l’intelligence collective des citoyens sont les soft kills que les formateurs doivent développer. Apprendre en tous lieux à tous âges est le credo du 21è siècle. Ce livre est une véritable synthèse des idées et des projets innovants en matière d’éducation. François Taddei s’appuie sur sa propre expérience de création du CRI, totalement novateur dans le système universitaire français et délivre à tous les enseignants, formateurs et citoyens acteurs de la société des idées innovantes afin de développer les compétences essentielles chez les apprenants pour faire face à la révolution numérique et aux profondes mutations à venir.

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